
Je mangerai vos abats
juillet 7, 2009Je dois, une fois de plus, avoir recours aux sphères de l’enfance, de la foi naïve et des souvenirs, pour à circonscrire le point rouillé et émoussé qui comprime une bonne partie de mon cerveau. J’aimerais nommer cette partie, mais malheureusement, l’enfant qui s’apprête à déverser son bac à sable sur les fleurs du voisin, a perdu la mémoire. Lorsque ces images étaient encore vieilles de la veille, nous jouions vraiment à croire en leur vraisemblance. Les bonnes vieilles blagues avortées, les dessins au feutre sur les escaliers en bois, certains sombres endroits, les trois piliers du moi idéalisé. Il n’y avait qu’un labyrinthe, c’était la grande mascarade de l’école secondaire, des amitiés primitives. Nous savions qui faisait la ronde de siècle en siècle. Nous savions qui allait franchir les stades de l’image vers le souvenir et terminer la game, enblasonné d’éternité et de joie enfantine. C’était notre foi, prise en rhizomes dans le fond du bac. Nulle transition, de la femme à l’homme, de l’animal à l’esprit adulte d’un polichinelle endetté, qui puisse raviver autant de souvenirs intrinsèques, comme des serments fraternels. J’en ai oublié les termes et les signatures se sont effacées au bas de la page, ces contrats ne sont autre chose qu’un emblème de notre présent.

Que veille sur nous la banalité de nos discours, que le soleil s’ajoute à la pluie et aux coups de crayons, le palimpseste a l’épaisseur de notre peau. En attendant, baissant les bras, partant de côté ou dans la marge du bon sens, nos courses s’achèveront de toute façon dans des directions opposées. Je finirai sûrement par déclarer, les mains dans les poches, que le monde n’a pas appris à jouer comme moi ou que les règles ne sont pas justes. Dommage que je ne sois pas né dans l’absolu Saguenay, l’absolu soluté de nos biens privés. Nous aurions les mêmes croûtes à manger, les mêmes discours à réciter pour le petit Jésus. Voilà pourquoi je ne suis pas crédible en protagoniste, ni le méchant loup, ni la barbe bleue ne m’en veut! Comme eux, j’avais et j’aurais besoin d’un petit passage, sombre et vindicatif, en diagonal, pour m’éviter les foules, peut-être dans une autre partie de mon cerveau.
J’aime ce texte, surtout cette phrase : «Je finirai sûrement par déclarer, les mains dans les poches, que le monde n’a pas appris à jouer comme moi ou que les règles ne sont pas justes.»